La photographie astronomique

Clichés cométaires : à la recherche de l'esthétisme

Quel astronome n'est pas sensible à la beauté offerte par certains objets célestes? Pour les astronomes amateurs, exceptés quelques cas de figure à des fins «scientifiques», la recherche de l'esthétisme dans un cliché est certainement la motivation essentielle qui nous amène à passer certaines «nuits blanches».

La littérature nous donne actuellement bien des détails pour réussir un cliché cométaire et je n'ai pas l'intention de vous rabâcher ce que vous avez déjà lu. Peu d'articles toutefois sur le terrain "glissant" de l'esthétisme de tels clichés.

Voici quelques critères qui me paraissent nécessaires pour réussir la photo d'une comète:

  • champ photographique contenant toute la comète
  • un grain pas trop gros supportant des tirages moyens
  • photographie en couleurs, fond du ciel bien noir ou bleu foncé et bon rendu des couleurs
  • suivi stellaire souhaitable plutôt qu'un suivi cométaire
  • cadrage avec un paysage
  • un temps de pose adapté…
Evidemment ces critères sont forcément subjectifs et il est difficile de tous les satisfaire en même temps. J'aimerais toutefois ici les approfondir, et en fonction de chacun, donner les éléments techniques relatifs avec une application évidemment ciblée sur Hale-Bopp:

1) Champ photographique contenant toute la comète

On pourrait évidemment se contenter d'un gros plan de la coma de la comète. Toutefois, la queue d'une comète voisine du périhélie peut prendre des dimensions angulaires importantes et un cliché avec toute la comète «perdue dans l'immensité des cieux» est très prenant. Concrètement, il faut choisir la focale de l'objectif qui permet le meilleur cadrage. Par exemple, la queue de la comète Hyakutake s'étalait sur plus de vingt degrés et les meilleurs cadrages étaient obtenus avec des objectifs de 50 à 100 mm de focale.

Pour Hale-Bopp, la situation sera certainement différente et, quoique la prévision de la dimension de la queue soit délicate, on peut penser à un angle plus petit, avec une estimation raisonnable d'une dizaine de degrés (photographiquement exploitables !) au périhélie, ce qui serait déjà pas mal pour une comète assez éloignée (lors d'une photographie prise le 10 février, l'extension photographique de la comète était d'environ deux degrés). A utiliser donc un téléobjectif (ou une chambre de Schmidt pour les heureux possesseurs) avec une focale comprise entre 100 et 300 mm.

2) Un grain fin

Toujours l'éternel dilemme entre la sensibilité du film et son grain. On peut cependant affirmer que des efforts considérables ont été accomplis dans ce domaine et que le meilleur compromis pour la photographie cométaire est un film de 400 ASA qui supporte assez bien un tirage de 30 x 40 cm (le format poster est toutefois à éviter). J'ai travaillé récemment avec l'Ektachrome P1600 qui, développé à 800 ASA, donne un grain tout-à-fait acceptable.

3) Photographie couleurs, ciel bien noir, bon rendu des couleurs

Je ne vais pas rouvrir l'éternel débat entre la photo noir-blanc et la photo couleurs. De saississantes photos noir-blanc de Hyakutake prises avec des chambres de Schmidt ont rempli les revues. Certains films noir-blanc ont d'ailleurs un grain insurpassable. Les différences de couleur (entre la queue de plasma et la queue de poussières par exemple) présentent toutefois un intérêt esthétique certain.

Le rendu des couleurs est un point délicat, car la comparaison des intensités lumineuses se fait via un filtre qui n'est rien d'autre que le récepteur optique: dès lors un oeil ne voit pas la même chose qu'un appareil photo + film. Ce qui compte pour nous, c'est que le film photo soit assez sensible dans les couleurs émises par la comète (le bleu en particulier). Certains films ont tendance à favoriser le rouge (Konica et dans une moindre mesure Fuji, mais tout dépend des versions!).

La noirceur du ciel est un point à mon avis plus important que le rendu des couleurs: il faut un très bon contraste entre la comète et le fond du ciel. Certains films ont tendance à produire des cieux brunâtres (Kodak Gold) ou verdâtres (Ektar), ce qui est très désagréable. Le film qui produit un ciel bien noir est à mon avis le Fujicolor. Les plus beaux fonds de cieux sont cependant ceux réalisés avec des films diapositives : leur couleur bleu foncée est plus plaisante à l'oeil que du noir.

4) Suivi stellaire plutôt que cométaire

Pour ceux qui n'ont pas de monture équatoriale, le dilemme ne se pose pas. Sur pied fixe, il faut réduire la focale (prendre par exemple un 50 mm très ouvert), utiliser un film très sensible de 1'600 à 3'200 ASA (tans pis pour le grain!) et poser environ de 15 secondes (limite du «bougé» céleste pour un 50 mm) à 1-2 minutes (étoiles et comète étirées). Jean-Marc Fasmeyer a montré l'année passée que des clichés satisfaisants peuvent être obtenus par cette méthode. On peut avantageusement combiné cette méthode avec un paysage en «arrière»- plan ce qui pourra se faire avec Hale-Bopp puisqu'elle sera assez basse sur l'horizon.

Une comète se détachant sur un fond d'étoiles ponctuelles donne à mon avis un résultat plus «cosmique (?!…)» que si les étoiles sont étirées. Pour Hyakutake, une pose de 4 minutes avec une focale de 50 mm ne montrait pratiquement pas de différence entre le mouvement de la comète et celui de la voûte céleste. Ce n'était plus le cas pour une photo de 15 minutes au téléobjectif de 300 mm où un suivi sur la comète s'imposait si l'on ne voulait pas obtenir une vague tâche floue.

Pour Hale-Bopp, le problème semble délicat à résoudre puisqu'il faudra utiliser certainement des focales supérieures à 100 mm. Il ne faut cependant pas oublier qu'Hale-Bopp passera à une distance de la Terre plus de dix fois supérieure que Hyakutake ne l'avait fait. Au périhélie, le déplacement par rapport aux étoiles de la comète Hale-Bopp sera de 4,2 minutes d'arc par heure, soit un déplacement 215 fois plus lent que les étoiles à l'équateur céleste. Ainsi, en adoptant un suivi stellaire, une pause jusqu'à 10 minutes avec un 300 mm ne devrait pas montrer de bougé trop apparent de la comète par rapport au fond du ciel. Au-delà, il est préférable de suivre sur la comète, car elle risque de devenir trop flou.

5) Cadrage avec un paysage

Un paysage de montagnes ou autre peut constituer un excellent «arrière» plan. Malheureusement, un suivi stellaire ou cométaire donnera un paysage bougé: il faut donc y renoncer si l'on travaille avec un téléobjectif et des poses de plusieurs minutes. Par contre, on peut imaginer utiliser un objectif de courte focale et bien ouvert (par exemple F = 50 mm et F/d = 2) et un film très sensible (au moins 800 ASA) et poser environ une minute : soit l'appareil est sur un trépied fixe et les étoiles + comète paraîtront lègèrement bougées, soit faire un suivi stellaire et c'est le paysage qui paraît un peu bougé: j'ai réalisé les deux techniques récemment et, curieusement, c'est la deuxième qui donne les meilleurs résulats dans la mesure où le temps de pose reste modeste (inférieur à deux minutes).

6) Un temps de pose adapté…

La littérature est très prudente dans le domaine en proposant une très large fourchette de temps de pose (série par exemple de 1, 2, 3, 4, 6, 8, 10, 15, 20, 30 minutes) en argumentant que chaque cliché apportera son lot d'informations.

De telles séries sont bien trop longues à réaliser. Le mieux est de faire des essais avec le film ou les films que vous utiliserez.

Le temps de pose maximum est celui qui ne voile juste pas le film (le ciel devient plus clair et on perd en contrastes). Une règle empirique serait: temps de pose max = rapport d'ouverture au carré. Ainsi si f/D = 2, alors temps max = 4 minutes. Si f/D = 4, temps max = 16 minutes. Ceci pour un film standard (200-400 ASA). En fait, j'ai remarqué avec Hyakutake qu'un temps max de 6-8 minutes aurait été possible à f/D = 2. D'un autre côté, j'ai remarqué sur un cliché de Hale-Bopp qu'un film de 400 ASA se voilait déjà au bout de 15 minutes au foyer du télescope à f/D = 6,3. Donc la règle est à prendre avec une extrême prudence et dépend aussi de la sensibilité du film et de l'étatt du ciel observé (bas ou haut sur l'horizon).

J'ai travaillé à f/D = 4 avec un téléobjectif de 300 mm et un temps de 16 minutes voilait le film (certes de 800 ASA). La meilleure photo était à 8 minutes: en fait ce temps est très intéressant car il permet d'obtenir une comète nette sur un fond d'étoiles ponctuelles.

Pour les pressés, voilà la «Rubrique conseil – esthétisme»

1) Appareil sur trépied fixe

Objectif de 35 à 80 mm bien ouvert (si possible f/D à 2,8 ou plus petit)
Cadrer avec le paysage
Films intéressants: Fujicolor Super G800, Ektachrome P1600, T Max 3200 (noir-blanc)
Pose: essayer 10, 20, 40 et 60 secondes (une pose de 2 minutes avec un 50 mm donne des étoiles passablement étirées et une comète floue).

2) Appareil sur monture équatoriale

Téléobjectif de 100 mm à 300 mm ouvert entre f/D = 2,8 et f/D = 5,6. Guidage sur une étoile via le télescope

Temps de pose voisin de 10 minutes (essayer 5, 10 et 15 minutes selon le film, le rapport f/D et la sensibilité du film).

Films intéressants: Ektachrome P1600, Fujicolor Super G400 ou G800, et le nouveau Ektapress PJM-36 (semble-t-il plein de promesses que je testerai à la mi-mars).

Mes deux préférences actuelles avec suivi stellaire dans les deux cas:

  • téléobjectif de 200 mm (ou selon la grandeur de la comète) ouvert à f/D = 4 et un temps de pose de 8 minutes sur Ektachrome P1600 développé à 800 ASA. Puis tirage de la diapositive sur papier Cibachrome.
  • objectif de 50 mm, f/D = 2, cadrage paysage, 1 minute de pose sur Ektachrome P1600.

Alain Kohler


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SAVAR Update: 23 mars 2001 : J. Zufferey
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